Deltino a 26 ans. Originaire du nord du Mozambique, ce chanteur à la voix soul veut imposer son propre style en opposition au Zouk qui domine le pays. Portrait d’un jeune homme attachant et talentueux.

Le Mozambique est un pays dont on parle peu. Pourtant, les plages, les villes, les gens, la culture, tout est fait pour nous transporter. Nous retrouvons Deltino au Centre Culturel Franco-Mozambicain de Maputo, la capitale du pays. Souriant, sa guitare à la main, le jeune chanteur nous accompagne à une table de la terrasse en saluant toutes les personnes qu’il croise : « c’est un nid d’artistes ici, on a tous travaillé ensemble directement ou indirectement ». Deltino maîtrise l’anglais, mais se sent plus à l’aise en portugais. Il nous raconte son histoire, en commençant par le tout début.
Le Mozambique est un grand pays avec plus de 2500 kilomètres de côtes. Au nord, Cabo Delgado est une des provinces les plus pauvres. C’est là que Deltino a grandi en aidant ses grands-parents dans leur ferme de cochons. Puis, il quitte son petit village après son rite d’initiation : « j’avais 9 ans, ce rite inclus la circoncision masculine. C’est seulement à la fin de cette cérémonie que je suis considéré comme un adulte ». Une fois adulte, Deltino part rejoindre sa mère et ses frères et soeurs à Nampula, capitale de la province. Il se découvre rapidement une passion pour la musique, « au début j’écoutais beaucoup de hip-hop, Tupac, 50 cents, etc. » Alors, le jeune Deltino commence à écrire des textes, de la poésie. Puis sa passion pour la musique prend de plus en plus de place dans sa vie, « j’ai fais les coeurs pour un groupe de rap, également quelques Rap Contest, je n’ai jamais arrêté d’écrire et j’ai même chanté à la maison culturelle de Nampula », nous confit-il.

“J’ai cru que la guitare n’était pas un instrument fait pour moi”

@GabriellaPaulet

Deltino comprend vite qu’il obtiendra plus de liberté en apprenant à jouer d’un instrument. Son choix se tourne vers la guitare. « Lors de mes premiers cours, j’avais tellement mal aux doigts ! J’ai arrêté au bout du deuxième cours. J’ai cru que la guitare n’était pas un instrument fait pour moi », dit-il en rigolant. Mais Deltino persévère. Il fait appel à un nouveau professeur de guitare. «  La première fois que je l’ai entendu jouer, c’était magnifique ». Son professeur lui a alors dit : « Tu vois, je joue de la guitare, pourtant je suis un humain. Je n’ai pas de super pouvoirs. Toi aussi tu es un humain, alors tu vas y arriver ». Deltino s’entraine alors sans relâche. Il ne rentre plus manger chez lui et pratique dès qu’il a du temps libre, « je m’étais fait à l’idée que mes doigts allaient me faire mal ». Deltino a 20 ans lorsqu’il joue pour la première fois devant un vrai public, mais il sait que les circonstances actuelles du Mozambique ne lui permettront pas de devenir un artiste reconnu facilement. Il décide d’étudier l’économie en parallèle « je pensais gagner beaucoup d’argent avec cette formation ». Deltino décide alors de quitter Cabo Delgado et de poser ses valises à Maputo, la capitale du pays. Son oncle l’accueille : « au début, mon oncle disait que Maputo allait me perdre, la foule, la drogue, la fête, et que je ferais mieux de rester à Nampula », nous avoue t-il. Mais Deltino persévère car il sait que c’est le meilleur endroit pour se faire connaître, « même si mon oncle avait des doutes sur mes capacités d’adaptation, ma mère et mes tantes avaient confiance en moi, elles savaient que j’avais du potentiel ».

@GabriellaPaulet

Deux semaines après s’être installé à Maputo, Deltino voit une publicité à la télévision pour participer à une émission de télé crochet musical : Posso ser uma estrela, l’équivalent de notre Nouvelle Star. « J’y suis allé, j’ai chanté, puis j’ai passé la première et la deuxième manche et tout c’est accéléré. »

Award pour son titre Okinkela en 2015, Award pour le meilleur artiste masculin en 2016, concert devant le président du Mozambique, interview pour CNN, et surtout duo avec la belle chanteuse anglaise Joss Stone, Deltino ne s’arrête plus !

Après cette émission, le jeune chanteur commence à recevoir des propositions qui l’orientent vers un style populaire au Mozambique : le Zouk. Deltino ne voulait pas. Avec ses mélodies afro-soul et ses textes engagés et modernes, Deltino ne colle pas aux standards musicaux mozambicains. Mais une personne va alors faire son apparition. Zéphyris, l’un des fondateurs d’un groupe reconnu au Mozambique prend Deltino sous son aile. Fin 2013, ils écrivent ensemble plusieurs chansons dont deux sortent du lot : Sonho et Deixa Essa Aí. Sonho est alors repéré par un éditeur qui contacte Deltino pour lancer le projet. « J’ai bien dit que je n’avais pas d’argent, mais j’ai quand même signé le contrat et la production de mon album a pu démarrer », explique Deltino. Le clip de Sonho est rapidement tourné, « les gens n’en reviennent pas que le clip a été réalisé par des Mozambicains. » Le titre passe alors à la radio dans tout le pays, et même au Portugal. Award pour son titre Okinkela en 2015, Award pour le meilleur artiste masculin en 2016, concert devant le président du Mozambique, interview pour CNN, et surtout duo avec la belle chanteuse anglaise Joss Stone, Deltino ne s’arrête plus ! « Lorsque j’ai appris que Joss Stone voulait collaborer avec moi, j’étais fou. Elle est incroyable. » La vidéo du duo a été vue plus de 180 000 fois, ce qui a permis à Deltino de gagner en visibilité à un niveau international.

Dans Sonho, Deltino parle d’un rêve. Il rêve d’aller à Paris, à Rio, de découvrir le monde, tout en sachant que son porte monnaie ne lui permet pas de le réaliser. La population du Mozambique est très pauvre. La majorité des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. « J’ai pris mon rêve et j’ai fait comme si c’était le rêve de tout le monde ici. Pour moi, la musique est le meilleur moyen de parler de faits sociaux, il ne faut pas avoir peur de faire face à la réalité en Afrique. »

Au fil du temps, le travail de Deltino est de plus en plus reconnu et son album commence à traverser les frontières : « j’ai reçu plusieurs propositions pour participer à des festivals, dont dernièrement le festival Sakifu, sur l’île de la Réunion. C’était génial. » Deltino prend alors goût à cette nouvelle vie, à cette relation qu’il entretien avec le public et aux échanges d’énergies obtenus à chaque concert. Avec sa joie de vivre et sa voix unique, notre beau chanteur ne compte pas s’arrêter là : « J’ai terminé mes études en 2015. Finalement, j’ai moins de mal à avancer en tant que chanteur qu’en tant qu’économiste ». Comme quoi, parfois il suffit de suivre ses rêves. .

Gabriella Paulet


La question Fler : De qui ferais-tu le portrait ?

“Dieu. C’est grâce à lui que nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui. Je ne suis pas pratiquant, mais je crois en son pouvoir, en sa force.”


Le quart d’heure musical de Deltino :



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