La génération des années 90 foisonne de jeunes adultes talentueux. Elsa en fait partie, autodidacte dans le dessin elle a gravi les échelons pour devenir une graphiste au style déjà bien défini et ultra coloré, à la plume de son ordinateur. Portrait.

Nous sommes installés au fin fond d’une terrasse parisienne quand débarque une grande brune au large sourire avançant d’un pas déterminé : « Salut, Elsa enchantée ». Elsa, 25 ans a une voix grave, une voix de radio, de celles qui peuvent vous déloger d’un sommeil profond. « Désolée j’ai fait la fête hier soir et j’ai un peu perdu ma voix », me dit-elle avant de trinquer. « A la tienne, il faut au moins commencer par ça ! ».

@JuliettePaulet

Elsa est graphiste. A 18 ans elle quitte Chalon-sur-Saône et part s’installer à Lyon. « A la base je voulais devenir styliste, créer des vêtements ». Tout juste arrivée au coeur de la ville des lumières, Elsa tente de faire une prépa mode, puis une école d’évènementiel, mais elle ne trouve pas la motivation d’aller jusqu’au bout de ces différents cursus. « J’étais motivée, mais je voulais me confronter au monde du travail au plus vite, alors j’ai tout arrêté en cours de route. J’ai fait pleins de petits boulots, fast food et compagnie… C’était enrichissant, mais bon ». C’est à 23 ans et au bout de deux ans de vadrouille lyonnaise qu’elle trouve la réponse à cette question, qu’on s’est tous posés un jour : « J’étais derrière la caisse du Starbucks et je me suis dit : Mais qu’est-ce que je fous là ? Ce n’est pas la vie que je veux avoir et ce n’est pas non plus ma place. J’ai appelé ma mère sur le chemin du retour et je lui ai dit, maman écoute, mon rêve c’est de faire une école d’art. » Alors, Elsa se renseigne et reprend ses études.

@JuliettePaulet

« Quand t’as bossé pendant deux ans, que tu es devenue indépendante, t’as pas envie d’appeler tes parents à l’aide, c’est pour ça que j’ai continué les petits boulots en plus des études. C’était dur, mais c’était la meilleure décision de ma vie de reprendre l’école. J’étais déterminée à décrocher ce diplôme et je l’ai eu. » Elsa est une passionnée, toujours à l’affût de nouveautés qui pourront lui apporter de nouvelles idées. Son inspiration, elle la trouve en partie dans la culture urbaine, tant au niveau vestimentaire que musical. « Hier soir, je suis allée dans une boite parisienne, le Yoyo. J’ai vu le concert de Kali Uchis, c’est une jeune colombienne qui monte bien en ce moment ».  

@JuliettePaulet

Après sept ans passés à Lyon, Elsa finit par se dire qu’elle a fait le tour et décide de partir pour la capitale. En seulement un an, elle passe du statut de stagiaire à celui de directrice artistique d’une agence de production : La Barone . « Dans ma boite, il n’y a qu’un seul mec, sinon c’est que des nanas. Quand on débarque en réunion, c’est drôle et plutôt nouveau, ça fait du bien ». A Paris, Elsa voulait rencontrer quelqu’un qui la prenne sous son aile, quelqu’un en qui avoir confiance et elle l’a trouvé : Sa boss. « Elle est comme ça, on travaille ensemble, il n’y a pas de problème d’égo et elle me fait progresser dans mon boulot ». Au sein de la Barone, Elsa se forme sur le terrain et travaille aussi à refaire tout le site. « Moi je suis vraiment sur le visuel, je m’occupe seulement de l’image. Le design graphique est ultra présent dans ma vie. Des logos, aux affiches dans le métro en passant par la conception de chaises et des tables comme dans ce bar ! » m’indique-t-elle en pointant du doigt ce qui nous entoure. Elsa dessine à la manière 2.0, avec une plume virtuelle directement sur son écran : « L’ordinateur suit les courbes que je dessine, je fais des formes et les remplis avec de la couleur ».

@JuliettePaulet

Moi je préfère travailler sur des formes féminines, chez les mecs il y a moins de gourmandise…

Pour mettre en avant ses différentes créations, Elsa a créé son propre site*. Sur la page d’accueil, l’oeil est accroché par un design épuré et coloré : « J’assume la couleur à mort, m’explique-t-elle, Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui n’aiment pas trop travailler avec des couleurs vives, moi c’est mon truc ». L’à propos du site dévoile, non pas une photo d’elle, mais un auto-portrait haut en couleurs. Et la description qui l’accompagne est d’une redoutable efficacité : « Conception graphique optimiste & colorée, afin de questionner le monde qui nous entoure. Inspirée par la culture hip-hop, les années 80 et 90 et la mode». Des lunettes noires aux coupes afro, pour travailler sur les formes et les couleurs, Elsa puise son inspiration sur des exemples bien définis comme en suivant les traits du peintre Matisse ou bien ceux d’une marque de vêtement coréenne Ader Error , « On sent qu’il y a un truc graphique derrière leurs créations, ils m’inspirent beaucoup ». Mais là où elle trouve son inspiration première, c’est avec ses personnages, des modèles aux allures et aux codes de la street. Casquette, basket, sweats & jogging. « J’aime faire des portraits de potes. Je m’inspire beaucoup des attitudes, des visages, des corps. J’aime quand l’image est figée, tu vois, la pause d’une nana qui tient sa clope comme ça.. », dit-elle en mimant la scène. « Moi je préfère travailler sur des formes féminines, chez les mecs il y a moins de gourmandise et j’ai l’habitude de dessiner des meufs avec des lèvres pulpeuses et de longs cils… ».

@JuliettePaulet

 Tu parles toujours un peu de toi à travers tes créations !

Depuis ses débuts, Elsa a pris l’habitude de travailler en musique. « Il n’y a pas un jour où je n’en écoute pas. Elle m’inspire au quotidien. Ma mère a fait dix ans de piano et de guitare, ça doit sûrement venir de là…», Pense-t-elle en souriant. Et à regarder ses origines de plus près, la musique et les couleurs s’expliquent. « Ma grand mère est juive séfarade, elle vient d’Essaouira, un jour j’aimerais faire son périple pour retracer ses pas… ». Et du côté de son père, l’inspiration est tirée de racines italiennes. « Il vient de NAAAapoli, s’exclame-t-elle avec l’accent, j’ai toujours été pour le mélange culturel, je suis pour le cosmopolitisme ». Pour Elsa, le passé influence forcément le présent et encore plus dans le domaine artistique. « J’ai acheté un livre qui m’inspire beaucoup : la couleur de nos souvenirs. Du pull jaune de ta grand mère à la couette dans laquelle tu dormais, me dit-elle pensive, tu parles toujours un peu de toi à travers tes créations. D’ailleurs, c’est un peu ma thérapie, même souvent… Pour les 60 ans de mon père, il m’a demandé de lui faire une création. J’ai plutôt envie de sortir une vieille photo des bas fonds et de la remettre au goût du jour !».

Depuis, l’anniversaire de son père est passé et Elsa a tenu parole, en laissant courir une de fois de plus, son imagination…

*@ElsaMartino

Jordane Colombel
Photos : Juliette Paulet / Fler Magazine

La question Fler : De qui ferais-tu le portrait ?

” Je pense que je ferai le portrait d’une rappeuse. Pour pouvoir parler de son attitude, de son expression dans le rap au moment où elle a une putain d’énergie qui monte. Et je pense à IAMDDB. ”


 Le quart d’heure musical d’Elsa :